La Voix Camac de février a été enregistrée par la gagnante du Concours International de la Cité des Arts de Paris qui a eu lieu en novembre : Maureen Thiébaut ! Il s'agit de l'ouverture de la Sonate K208 de Scarlatti.
Maureen Thiébaut a débuté la harpe en 1996. En 2005, elle a intégré le Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris (CRR), où elle a suivi les cours de Ghislaine Petit-Volta jusqu'en 2009. Une fois son Diplôme d'Etudes Musicales (DEM) mention « très bien » en poche, elle est entrée dans la classe d'Isabelle Moretti au Conservatoire National Supérieur de Paris (CNSMDP). A ce sujet, le CRR est l'un des secrets les mieux gardés du monde de la harpe. Le premier diplôme (le DEM que Maureen a obtenu) vous permet de vous présenter à l'audition d'entrée pour le cursus d'études au CNSMDP. Cela peut être très pratique si vous ne pouvez pas présenter directement l'entrée au CNSM parce que vous ne parlez pas français, et/ou vous n'avez pas appris le solfège : vous devez réussir des examens dans les deux avant de pouvoir vous présenter à l'audition. Les résultats parlent d'eux-mêmes : sur les sept candidats à accéder à la finale de l'audition du CNSM en 2010, cinq étaient des élèves de Ghislaine au CRR. Harpblog avait évoqué ce sujet précédemment dans “Studying in...Paris”.
Revenons à Maureen: elle a remporté le premier prix et le prix Louise Charpentier au Concours de la Cité des Arts de Paris en novembre 2011, mais elle a également gagné le troisième prix et le prix "coup de coeur" au Concours International Martine Géliot en 2008. Elle est harpiste dans l'Orchestre Manifesto, et a également travaillé avec l'Opéra de Paris (2011), l'Orchestre des Siècles (2010), et l'Orchestre Prométhée (2008). Elle se produit régulièrement en récitals solo et enseigne à l'Animathèque-MJC de Sceaux.
Le nombre de concours de harpe a explosé ces dernières années, ce qui signifie que les élèves harpistes se concentrent sur leur préparation bien plus qu'auparavant. En tant que sponsors, nous assistons aussi aux concours bien plus qu'auparavant et, bien plus qu'auparavant, nous remarquons la différence entre les candidats qui se sont préparés consciencieusement aux concours, et les autres. Mais que signifie « se préparer consciencieusement » ? Maureen fait remarquer avec perspicacité que se présenter à un concours, ce n'est pas remplir un questionnaire avec exactitude ou non. « Jamais je n'aurais la prétention de donner des conseils à des harpistes qui veulent passer un concours, parce que le travail de l'instrument est spécifique à chaque personne, que les raisons pour lesquelles on passe ce concours sont multiples. »
Malgré les disparités dans la préparation de chacun à un concours et les motivations pour s'y présenter, il est cependant clair qu'on doit s'y préparer avec soin, et que vous devez effectivement avoir des motivations. C'est un fait : si vous n'êtes pas prêt, vous ne pourrez pas remporter un concours sérieux. Même si personne d'aussi bon que vous se présente, je n'ai jamais rencontré un jury de harpe qui pardonne une préparation insuffisante, et les prix peuvent, et cela se produit souvent, ne pas être attribués. Dans un article d'Adrienne Bridgewater paru dans la numéro de janvier-février 2010 du Harp Column Magazine, la totalité des gagnants de concours qu'elle a interviewés insiste sur la préparation. “Notre panel dit qu'ils ont commencé leur travail entre la publication du répertoire et sept mois avant le concours. Personne du groupe ne nous a répondu : « A la dernière minute ! ». » Dans ce même article, Sam Karlinski, qui rédige un blog détaillé et très utile sur la préparation aux concours, propose un calendrier de travail s'étalant sur une année. Pour les concours les plus importants, les listes de répertoire paraissent en général deux ans en avance, et il y a bien une raison à cela.
Si vous ne pouvez vous consacrer uniquement au concours pendant ces deux années, vous pouvez adopter une approche stratégique du programme. “J'ai immédiatement commencé par le « Conte Fantastique » qui était pour moi de loin l'œuvre la plus difficile du programme.”, explique Maureen. “Commencer aussi tôt m'a permis de rôder cette pièce à de nombreuses occasions (examens, concerts...) et d'acquérir une certaine expérience dessus. L'année précédant celle du concours a été très chargée pour moi, avec beaucoup de cours, d'examens et surtout une grande série à l'Opéra de Paris. Du coup, je n'ai pu me consacrer entièrement et réellement au concours qu'à partir du mois de juillet, soit 5 mois avant. Je travaillais environ 4h par jour, puis j'ai augmenté ce temps au fur et
à mesure qu'approchait l'échéance. » En plus de la préparation, Maureen insiste sur l'importance de savoir pourquoi vous faites le concours. « En ce qui me concerne, la grande leçon que j'ai tirée de cette préparation (et que je suis d'ailleurs loin d'appliquer tant elle est difficile!) est que, paradoxalement, la préparation d'un concours réclame une très grande neutralité : il ne faut pas se juger durant cette période, il ne faut pas se dire "mon dieu je suis très en retard", ou "cette pièce, je n'y arriverai jamais", ou même "super, ça marche tout seul" (même si le positivisme est quand même plus porteur !). Pour moi, les deux questions importantes à se poser sont : pendant la préparation : pourquoi est-ce que je prépare ce concours?, et une semaine avant : est-ce que je suis prête ? » Si vous répondez positivement à ces deux questions, alors vous devriez être capable de monter sur la scène du concours dans un bon état d'esprit.
« Le reste du temps, il faut travailler, être heureux de jouer de la belle musique, profiter de ce moment privilégié avec son instrument. Je garderai un bon souvenir de cette préparation qui a été riche en découvertes et en leçons! Ce premier prix est aussi dû à la qualité de l'enseignement que je suis au CNSMDP, à travers les cours de harpe d'Isabelle Moretti et de Geneviève Letang, mais aussi les cours de musique de chambre ou d'écriture. La préparation d'un concours est un moment où l'on se retrouve seul face à son instrument durant une longue période, et de ce tête à tête un peu particulier émergent nos désirs, notre force et nos failles dans la vie qui se cristallisent autour du travail de l'instrument. » Préparer un concours, ce n'est pas seulement s'armer pour le moment fatidique, même si, bien sûr, vous devez vous mettre en condition pour gérer le stress le jour J. Comme tout le monde, « j'ai eu également des moments difficiles, de découragement, de doutes, où je me posais des questions... Mais j'ai découvert beaucoup de belles choses durant cette période, comme la tendresse, la joie ou même l'amour que l'on peut donner en jouant. »
Maureen jouant 'Conte Fantastique' de Caplet avec le Quatuor Michalakakos, lors de la finale du Concours de la Cité des Arts. Photo: Jean-Marc Volta
Grâce à son prix, Maureen jouera une série de récitals en Europe, notamment en Allemagne, en Italie et au pays de Galles. Jetez un coup d'œil sur le calendrier de Harpblog pour plus de détails. Je vous laisse avec son enregistrement de l'Impromptu de Fauré, œuvre imposée (avec la Sonate de Scarlatti) lors du premier éliminatoire du Concours de la Cité des Arts.

