L'année dernière, la harpe MIDI Camac a gagné le Prix Max Matthews en tant qu'innovation technologique à la 7ième Cérémonie des Qwartz Award.
Cette année Elisabeth Valletti, qui avait écrit et joué 3 pièces pour la Harpe MIDI - les "Harp Haikus" - lors de cette 7ième Cérémonie, vient d'être nommée à la 8ième Cérémonie dans la catégorie Musique Expérimentale pour ses "18 Exercices pour la Harpe MIDI" qui incluent les Harp Haikus qu'elle a joué l'année dernière.
TRES IMPORTANT: Le prix a un vote public. On peut écouter la musique et voter sur ce lien jusqu'au 15 février.
Quoi de mieux pour commencer la nouvelle saison qu’une nouvelle Voix Camac en musique d’ouverture de notre site commercial, www.camac-harps.com ! Elisabeth Valletti est l’une des artistes d’avant-garde les plus intéressants du monde de la harpe. Au début des années 80, son parcours créatif l’a menée des études classiques en France au rock-and-roll et au jazz aux Etats-Unis, avant d’être signée à Londres par Chris Blackwell (le producteur de Bob Marley). L’album qui en a résulté, Innocenti a été jugé par Brian Eno comme “l’une des choses les mieux construites que j’ai entendues depuis des années”. A lire, le portrait d’Elizabeth précédemment posté dans Harpblog ici.
En avril 2011, la harpe de concert MIDI des Harpes Camac a reçu le Prix Max Matthews aux Qwartz Awards pour son innovation technologique. C’est Elizabeth qui a attiré l’attention des Qwartz Awards sur la harpe MIDI, et elle a composé et interprété son “Harp Haïkus” pour harpe MIDI lors de la cérémonie de remise des prix. La Voix Camac de septembre, “Mosquito” est extraite de ce Harp Haïkus :
Un moustique
Vole dans ma bouche
En bourdonnant
Les trois Harp Haïkus interprétés lors de la cérémonie des Qwartz Awards, “Cat”, “Mosquito” et “Gargoyle”, s’inspirent des haïkus écrits le poète japonais du XIX° siècle, Issa Kobayashi.
« Cela fait plusieurs années que j’écris des musiques avant garde pour la harpe bleue mais c’était la première fois que j’écrivais pour la harpe MIDI. J’ai eu la chance de rencontrer Arnaud Roy qui m’a expliqué les bases nécessaires à l‘utilisation de l’instrument. J’ai commencé à travailler avec Pro Tools comme logiciel et je suis en ce moment en train d’ajouter MaxMSP. Pour créer ma palette sonore de base je me suis servi des sons que j’avais traités pendant mes nombreuses années de travail – depuis les années 80 – en utilisant les harpes électriques avec les machines à effets et plus tard avec les ordinateurs. Quatre vingt dix pour cent des sons que l’on entend dans les travaux – qu’ils sonnent comme des percussions, des vents ou autre sons « étranges » - ont pour origine un son de harpe. Les dix pour cent restant sont des instruments conventionnels (violons, trompettes et autres ) et quelques échantillons de voix. Pour écrire les Harp Haikus j’ai choisi une série de sons que j’ai spécifiquement travaillé pour chaque haikus et qui correspondaient à ce m’inspirait chaque pièce.
J’ai toujours été fascinée par la science et j’ai maginé le monde des sons du microcosme depuis des années. Très intéressée par les études sur le fonctionnement du cerveau j’ai envisagé les mondes sonores crées par les évènements chimiques et bioélectriques dans le cerveau pendant les moments de vécu intense qui altère la conscience : coup de foudre, accident de voiture, clarté poétique, expérience mystique, évidence mathématique. Ce qui m’a attiré dans les haikus c’est le fait qu’ils s’inscrivent dans un moment minuscule très précis. « Le Moustique » par exemple parle de la seconde pendant laquelle le poète réalise qu’un moustique vient de tomber dans sa gorge et qu’il est toujours en train de faire bzzz. Roland Barthes écrit : « Le haïku est une griffure de lumière, une balafre dans le réel, inscrite dans le temps ». J’ai fantasmé et rêvé le temps qui s’étire, qui se répand dans la jungle sonore du cerveau, au moment « de la griffure de lumière, de la balafre dans le réel ». J’ai regardé à l’intérieur du microscome neuronal du poète. J’ai écouté les orages mettant le feu dans les interstices entre les dendrites et les axones, chevauchant sur les neurotransmitteurs, s’achappant dans les failles synaptiques. J’ai plongé plus profond dans l’univers des particules/ondes quantiques qui se fracassent en dansant.
Voilà la video : « Le Chat »
chat fou attaché
encore en train de pleurer
pour avoir plus d’amour
et « La Gargouille » :
on dirait qu’elle mord
la lune froide
la gargouille
J’ai rêvé d’une harpe MIDI depuis 1986 – j’ai récemment retrouvé une lettre datant de ce temps là dans laquelle j’écris à Joël Garnier en lui demandant d’en fabriquer une. J’avais déjà travaillé et composé pour Joel sur la Harpe à Mémoire et j’avais présenté mon travail cette même année à Pierre Boulez à l‘IRCAM. Bien que Boulez fut enthousiaste, la harpe à mémoire ne devait rester qu’un prototype trop cher à développer plus avant. Je savais aussi que Jakez, encore très jeune, rêvait lui aussi d’une harpe MIDI. Après tous les investissements et les années de recherche que la création de cette harpe a demandé, ce fut un grand jour quand j’appris qu’elle venait de naitre.
Je comprends que Camac en souhaite pas commercialiser la harpe tout de suite. Il est vrai qu’il faut se rendre compte de la quantité de connaissance technologique musicale que cet instrument nécessite. Arnaud Roy est ingénieur du son professionnel et bien que j’ai travaillé avec des harpes électriques et des ordinateurs pendant de nombreuses années j’ai passé quelques nuits blanches en train de chercher des solutions à toutes sortes de problèmes qui surviennent seulement quand on est dans la technologie MIDI, et pas seulement l’amplification et les traitements de sons non–midifiés. C’est aussi très utile de pouvoir corriger les « bugs » qui apparaissent soudain. La plupart des « bugs » viennent de ses propres manipulations – en effet la technologie musicale actuelle génère souvent des bugs qu’il faut savoir corriger. De même les paramètres de sons sont plutôt instables et cela à cause des vibrations « sans fin » de la harpe et de la technique de jeu propre à l’instrument. Cette instabilité est un vrai défi quand il s’agit de jouer des pièces écrites précises – ce qui est le cas pour les Harp Haikus. Mais cela est un plus excitant dans le cas de pièces improvisées, ce qui est une part importante de mon travail.
J’explore le potentiel des sons de harpe depuis plus de vingt cinq ans. J’aime l’idée de repousser les barrière de l’instrument, de dévelloper la richesse de son spectre musical, de modifier son acoustique pour créer des sons totalement nouveaux, de détourner la conception romantique que l’on a d’une harpe. La harpe MIDI ouvre les portes d’un monde sonore enivrant pour un artiste du son. Pour répondre à la question « mais que peut-on faire avec cette harpe que l’on ne peut pas faire sur un clavier MIDI, moins cher et plus malléable ? », je dirais que le jeu harpistique - les glissandis, les harmoniques, les cordes que l’on peut frapper, tirer, secouer, caresser, arquer, étouffer - tout cela contribue à la fabrication de matière sonore non réalisable sur un clavier. Et cela grâce au logiciel créer pour la Camac MIDI, dont les fonctionnalités sont en adéquation parfaite avec l’instrument.
Bien sur la MIDI peut être utilisé différemment. L’approche de Graham Fitkin est entièrement différente dans son « No Doubt » Concerto pour harpe MIDI et Orchestre. Il utilise des échantillon de discours parlé. Et l’impact de son oeuvre vient de l’effet de surprise, de choc même, d’entendre de tels sons jaillir d’une harpe. Une sensation puissante émane alors de la harpe – le fort volume sonore, la rage politique, le grand orchestre et la harpe que l’on entend si clairement – tous ces évènements surprenne l’auditeur qui n’attend pas cela d’un concerto de harpe.
Pour toutes ces raisons, je pense profondément que la harpe MIDI est un instrument à part entière. »
Une des super nouvelles dont je peux vous parler dans ce journal, est le prix donné à la harpe MIDI par les Qwartz Electronic Awards. Ce prix, le Prix Qwartz Max Mathews, récompense l’instrument que le jury considère comme le plus innovant technologiquement. Après avoir étudié un dossier décrivant les vingt-cinq ans de recherche qui ont amené à la réalisation de la harpe MIDI, le jury a décidé que l’instrument des Harpes Camac représentait une grande avancée dans le domaine de la lutherie électronique.
Nous sommes très reconnaissants à Elisabeth Valletti d’avoir travaillé à la constitution de ce dossier. Lors de la cérémonie des awards, Elisabeth présentera une œuvre qu’elle a composée pour la harpe MIDI. Son travail sur la harpe bleue, présenté dans Harpblog il y a quelques temps, est fascinant, et nous sommes vraiment très impatients d’entendre ce qu’elle a créé pour la harpe MIDI.
Max Mathews est considéré comme le père de la technologie de l’information musicale. Chercheur aux Laboratoires Bell Telephone, il a inventé les premiers convertisseurs permettant de passer de l’analogique au numérique, basés sur les idées théoriques de Claude Shannon. Ce qui lui a permis, en 1957, d’enregistrer digitalement le son via un ordinateur.
La cérémonie des awards se déroulera le 1er avril 2011 au théâtre du Trianon à Paris.
Durant cette résidence de trois mois de la harpe à l'Institut, trois compositeurs composeront de nouvelles œuvres pour cet instrument, des œuvres qui seront données en première mondiale le dimanche 2 avril 2011 par les étudiants de la classe de Ghislaine au Conservatoire Régional de Paris. Le projet fera appel à toute la technologie disponible actuellement pour composer pour la harpe : MIDI, amplification, traitement du son par Max MSP, etc...
Dans cette vidéo, Jakez et Grégoire Lorieux présentent la harpe MIDI à la classe de Ghislaine.
Nous travaillons toujours à obtenir la permission de publier hors du Royaume-Uni un enregistrement complet du concerto pour harpe MIDI de Graham Fitkin, mais en attendant, histoire de vous mettre en appétit, ce court enregistrement publié par la BBC sur YouTube !
Voici une traduction de ce que le compositeur, Graham Fitkin, a dit de son travail sur la vidéo.
"...cela ressemble à une harpe, cela peut sonner comme une harpe, mais c’est bien plus qu’une simple harpe.
Quand Sioned a dit que chaque corde pouvait déclencher n'importe quel son, j’ai voulu en voir les possibilités. C’est certain, c’est sans limites, vous pouvez faire tout ce que vous voulez avec, et il m'a semblé qu’en fait, pour le genre de musique que je fais, je devais tout rétrécir, ne pas faire ci et ça, mais me limiter à une seule chose.
J'ai décidé de ne faire que des échantillons vocaux pour ce morceau, en grande partie en fait pour travailler sur les armes de destruction massive et la prise de position politique. J'ai voulu écrire un concerto bruyant, vraiment brutal et si possible vraiment agressif."
Commentaire : l’Iraq n’a probablement aucune arme de destruction massive...
Evidemment, l’avenir de la harpe MIDI repose sur une utilisation artistique sérieuse sans laquelle elle ne peut être qu’un jouet amusant, à peine plus différent qu’un clavier MIDI mais en bien plus cher. Arnaud Roy, harpiste français, compositeur et ingénieur du son, est l’un pionnier du développement artistique de la harpe MIDI.
Arnaud, qui a une formation en design audiovisuel ainsi qu’en musique, a commencé à travailler avec la harpe MIDI presque au moment où le premier prototype est apparu, en 2009. Jakez lui a prêté l’instrument pour les vacances d’été l’an dernier pour en tester la technologie et voir quelles possibilités pouvaient être explorées.
L’Odyssée de la Harpe, née en 2006, est un festival « pas comme les autres », un festival entièrement dédié à un instrument en particulier, à un instrument bien particulier : la Harpe Bleue. A l’origine de ce projet, la passion et la détermination d’une harpiste, Ghislaine Petit-Volta, professeur de harpe au Conservatoire de Sceaux/Bourg-la-Reine, qui a su convaincre Jean-Luc Touret, directeur de ce conservatoire, de faire l’acquisition d’une harpe bleue et de créer une classe spécialement destinée à son apprentissage. Une fois l’instrument installé au sein du conservatoire, s’est posé le délicat problème de trouver des pièces adaptées et à la harpe et à son étude, et ce pour tous les niveaux, des élèves débutants aux élèves les plus confirmés. Un besoin urgent pour l’existence de cette classe spéciale Harpe Bleue, mais aussi crucial pour la pérennité de l’instrument lui-même. Le 4 février 2005, dans la salle Stravinsky de l’IRCAM, Jakez François s’associait à Ghislaine Petit-Volta et Jean-Luc Touret pour présenter la Harpe Bleue, son fonctionnement et ses possibilités, à un large auditoire d’ingénieurs de l’IRCAM et d’élèves compositeurs. Alain Louvier, présent lui aussi ainsi que Martine Flaissier, harpiste du Trio Controverse, ont ce jour-là fait part de leur propre expérience de création et de collaboration entre compositeur et interprète autour de cet instrument encore inconnu à nombre de compositeurs. Cette journée de présentation s’est terminée sur un appel de Jean-Luc Touret aux compositeurs présent et à venir à se pencher sur cette harpe bleue et à composer pour elle, non seulement des œuvres de concert, mais aussi des pièces d’apprentissage et d’examens. Il les a vivement invités à prendre contact directement avec lui pour participer à sa politique de commande et de création d’un répertoire pour harpe bleue. Une politique qui ne s’en est pas tenue à cet appel puisque dès l’année suivante, en mars 2006 naissait la toute première « Odyssée de la Harpe ».
Bien plus qu’un simple festival, cette Odyssée est un véritable événement musical dont l’originalité est de réunir autour de la harpe bleue et de son répertoire, élèves, professeurs, compositeurs et facteur de harpe. Les élèves présentent leur travail de l’année, les compositeurs montent sur scène pour expliquer leurs pièces, leur inspiration, leur travail sur cet instrument spécial, le facteur de harpe, en l’occurrence Jakez François pour les Harpes Camac, apporte son aide technique et ses toutes nouvelles inventions - c’est précisément lors de l’Odyssée de la Harpe 2006 qu’il a présenté en petit comité l’un des tous premiers prototypes de sa harpe MIDI. Outre les concerts autour des créations d’œuvres de Christophe Coudenhove, Alexandre Lévy, jan Vandenheerde, Marie-Hélène Fournier, Kilberic Deltroy…entre autres, les conférences techniques autour de la harpe, de son histoire, de son acoustique, des nouvelles techniques informatiques qui peuvent lui être adjointes, permettent aux harpistes de faire plus ample connaissance avec cet instrument. Quant aux rencontres informelles entre les compositeurs et leurs tous premiers interlocuteurs, les élèves et les professeurs, elles leurs permettent de prendre conscience des interrogations et des besoins des jeunes interprètes et de s’adapter aux mieux à leur besoin d’un répertoire pédagogique. Une Odyssée qui va donc résolument de l’avant en faisant vivre pour nous l’avenir de la harpe bleue et qui nous réserve encore quelques beaux chapitres, qui sait avec la harpe MIDI…
Cette année, l’Odyssée de la Harpe 2010 se déroulera du 4 au 6 juin à l’auditorium du Conservatoire de Bourg-la-Reine. La soirée du 4 juin est consacrée aux « Nouvelles voix pour l’Odyssée » avec des œuvres pour harpes et orchestres de K. Haddad, F. Tanada, L. Tugui. Celle du 5 juin verra, outre la création d’œuvres pédagogiques pour harpe bleue, la présentation exceptionnelle d’une toute nouvelle harpe, création des Harpes Camac, la Harpe MIDI. Je vous invite à vous pencher de plus près sur le programme de cette nouvelle édition de l’Odyssée de la Harpe et à réserver dès aujourd’hui votre week-end et vos places!
La semaine dernière, Jakez et moi sommes allés à Londres pour une Journée Harpe MIDI à la Royal Academy of Music. En compagnie de Dominic Murcott, Jakez a présenté la harpe aux harpistes le matin. La présentation de l’après-midi fut quant à elle orientée sur les compositeurs et leurs attentes.
Une harpe MIDI n’est pas seulement une harpe électrique. Une harpe électrique utilise l’électricité pour amplifier le son de la harpe. Elle peut avoir une caisse de résonnance et peut donc aussi être utilisée comme harpe acoustique (ainsi en est-il de la Big Blue, la harpe électrique de concert de chez Camac), ou elle peut être « solid body » (c’est à dire sans aucune caisse de résonnance) et ne produire de son que sous amplification, comme une guitare électrique ou certaines autres harpes électriques de chez Camac. Vous pouvez faire passer le son par des pédales à effets et le distordre, ajouter des réverbérations ou autre, mais votre son principal est le son d’une corde pincée, c’est-à-dire celui d’une harpe.
Une harpe Big Blue avec une caisse de résonnance acoustique, mais aussi un micro sur chaque corde afin d’en amplifier le son.
Une harpe celtique électrique « solid-body » qui ne produit de son que lorsque que l’amplification est branchée.
Une harpe MIDI utilise aussi l’électricité, mais peut en plus communiquer avec un ordinateur. MIDI signifie Musical Instrument Digital Interface. Lorsque vous jouez les cordes d’une harpe MIDI, au lieu que le son aille directement dans l’amplificateur pour être simplement plus fort, les cordes que vous avez jouées émettent des fréquences qui sont captées et transformées par l’ordinateur interne de la harpe (le convertisseur MIDI). Le convertisseur transmet les caractéristiques MIDI des notes jouées au synthétiseur interne de la harpe (un module de son autrement dit). Si vous le souhaitez, au lieu du synthétiseur interne, vous pouvez utiliser un ordinateur portable externe, un synthétiseur, un module de son externe connu sous le nom d’expandeur, ou tout autre sorte d’équipement électronique qui peut être relié à un instrument via la technologie MIDI. Quel que soit l’équipement vers lequel vous envoyez le signal MIDI, cela produira un résultat. Cela peut être un son – de harpe, de piano, de violon, de saxophone, de percussion, de guitare électrique ou un chœur entier – ou cela peut être le déclenchement d’un événement comme l’activation d’un effet, un début d’enregistrement d’une boucle, une lumière qui s’allume, ou une vidéo qui démarre. Les possibilités sont infinies.